Pourquoi une maison d’édition pour promouvoir et défendre les Droits Humains, les Libertés Fondamentales, la protection de l’environnement, pour résister et lutter contre les systèmes de domination, d’exploitation, la dictature, le fascisme, le totalitarisme ?
Parce que c’est sur le terrain des mots, du langage, de la parole que se jettent les extrêmes-droites en tout genre, les dominant·e·s, les dictateurices, les fascistes, les partisan·e·s du totalitarisme. Pour nous accoutumer au pire, nous ôter tout esprit critique contre leurs caractéristiques (à savoir le patriarcat, l’homophobie, le genrisme, le racisme, le validisme, le colonialisme, les génocides, les écocides, les violences sexuelles, la concentration des richesses, la précarité…et cette liste n’est malheureusement pas exhaustive), inverser les valeurs, pour nous faire accepter leurs violences, sans résistance, et même avec envie.
Pourquoi une telle méthode ?
Parce qu’aujourd’hui, lorsqu’on se souvient des régimes d’oppression de l’Histoire (monarchie absolue, restauration, empires, dictatures, fascisme, nazisme…), lorsqu’on tient au maintien des progrès de la science, de la médecine, des progrès sociaux, et à leur avancée, au temps de la mondialisation et d’Internet, les dictateurices potentiel·le·s, les fascistes et totalitaires ne pourraient plus prendre le pouvoir et le garder par la force ou la violence physique, comme en exécutant un coup d’État et en envoyant l’armée défoncer les portes des institutions démocratiques et des individus, envahir le pays voisin, sans « raison », sans « excuse », là où l’on se croit encore à l’abri de telles horreurs en les reléguant à un passé immature ou à un ailleurs lointain.
Ils se verraient opposer la démocratie, l’État de droit, la loi, la justice, le respect des Droits Humains et des Libertés Fondamentales, la dignité de l’être humain, les droits sociaux et économiques, le refus et la résistance du peuple, qui ne veut être ni soumis, ni violenté, ni détruit.
Autant de notions, d’idées, et donc de mots qui les symbolisent qu’il leur faut détruire, supprimer de l’espace public, annihiler de notre mémoire (le négationnisme des crimes contre l’humanité, des crimes de guerre et des régimes dictatoriaux, fascistes ou totalitaires entre ici aussi en jeu), ou dont il leur faut détourner et renverser le sens à leur avantage ; cette destruction linguistique ayant pour conséquence de transformer la démocratie, l’État de droit, la loi, la justice, le respect des Droits Humains et des Libertés Fondamentales, la dignité de l’être humain, les droits sociaux et économiques et l’insoumission du peuple, des femmes, des salarié·e·s, des immigré·e·s, des pauvres…en agressions et violences (la fameuse « excuse » ou « raison » citée plus haut) à combattre par tous moyens, et pour conséquence de transformer la notion même de leurs haines, de leurs violences, de leurs agressions contre la démocratie et le peuple dans sa diversité (rappelons-les encore : patriarcat, homophobie, genrisme, racisme, validisme, colonialisme, génocides, écocides, violences sexuelles, concentration des richesses, précarité…) en revendications et actions légitimes, de « bon sens » et même saintes.
D’ailleurs, dans Cinque Scritti Morali (publié en 1997), Umberto Eco note comme caractéristiques du fascisme l’exacerbation de la peur de la différence, la hiérarchisation de la société fondée sur le mépris par chaque couche sociale de ses inférieurs, renforçant le sentiment d’un élitisme de masse, et le traditionalisme empreint de mysticisme.
S’il n’y a plus de démocratie, d’État de droit, de loi, de justice, de dignité humaine, de respect du bien-être des travailleureuses, de respect de l’individu dans sa différence, alors il n’y a plus de violences de la part du futur·e dictateurice, du fasciste et du dominant·e totalitaire. S’il n’y a plus de violence de la part de ces derniers, alors il n’y a pas de refus et de résistance à leur opposer. Au contraire. Inversion des valeurs.
Cette inversion des valeurs, en éradiquant tout refus et toute résistance des institutions démocratiques, du peuple, de l’individu, permet d’emporter l’adhésion enthousiaste, voire fanatique, de tout un peuple à un système de domination, à leurs figures dominantes (comme à Nicolas Sarkozy à l’occasion de sa détention provisoire). Le culte de la personnalité fait ainsi partie intégrante des régimes dictatoriaux, comme on en est témoins avec Donald Trump aux États-Unis.
Cette manipulation prépare le terrain, rend un peuple docile, soumis, malléable. C’est une prise de pouvoir en soi de la part des dictateurices, fascistes et dominant·e·s totalitaires. Et lorsque les armées suivront, plus aucune résistance ne leur sera alors opposée, de nulle part, leur contrôle sera total.
Dans Cinque Scritti Morali, Umberto Eco nous met ainsi en garde : « Ce serait tellement bien plus confortable si quelqu’un s’avançait sur la scène du monde pour dire « Je veux rouvrir Auschwitz » ».
Oui, ce serait bien plus facile de repérer les extrêmes-droites.
Mais elles sont aujourd’hui plus sournoises, plus insidieuses, plus intrusives dans nos vies avec les médias de masse détenus par des milliardaires (comme Vincent Bolloré).
« Pire que le bruit des bottes, le silence des pantoufles », aurait dit dans les années 1950 Max Frisch, l’écrivain suisse alémanique.
« Le fascisme commence par le langage », rappelle Olivier Mannoni, traducteur réputé, notamment de Mein Kampf (édition critique « Historiciser le mal », dirigée par l’historien Florent Brayard, parue en 2021).
C’est donc sur le terrain des mots, du langage, de la parole, au commencement de la dictature, du fascisme ou du totalitarisme, avant de laisser leurs partisan·e·s nous emporter sur leur pente de l’horreur et de l’annihilation qu’il faut résister, se battre, lutter, ne pas leur laisser un centimètre de plus dans l’espace public, dans la communication, dans nos cerveaux.
C’est donc sur ce terrain que Les Autres Terres s’engage.
En effet, le langage façonne notre manière de penser.
George Orwell l’a parfaitement mis en scène dans 1984 (publié en 1949).
Si le vocabulaire manque, si les mots manquent pour exprimer notre pensée, des notions comme transphobie, racisme, misogynie, autoritarisme, négationnisme, perversions, pillages, génocides, inégalités…, alors la pensée elle-même se tarit, les notions en question, les faits mêmes disparaissent, par manque de représentation, de concrétisation dans l’espace public qu’est la communication.
En manipulant la langue et le sens des représentations, en simplifiant par un vocabulaire pauvre la complexité et la richesse de la réalité, les extêmes-droites tentent de cacher leur diabolisme et d’empêcher autrui de penser, de concevoir, de connaître les faits, la vérité, la réalité, leurs méfaits, afin de mieux contrôler l’espace public, l’opinion, le peuple, pour, in fine, le dominer sans force physique.

Photo de Lucie Hošová sur Unsplash
Pourquoi Les Autres Terres n’a-t-elle pas lancé une chaîne YouTube, un podcast, une radio, une chaîne de télévision ?
Parce qu’écrire et lire sont des actes de résistance en eux-mêmes.
Ecrire et lire demandent de réfléchir. Réfléchir demande de se concentrer. Se concentrer nécessite d’arrêter le flot continu des stimulations externes, des pollutions visuelles et sonores en tout genre qui inondent notre quotidien, notre espace, notre vie.
Arrêter un flot infini…c’est presque impossible, une contradiction ? Ce n’est pas facile, décrocher des fils d’actualité des réseaux sociaux que l’on retrouve sur son téléphone, à portée de main, des émissions abrutissantes et des publicités inimaginables sur sa télévision, à portée de télécommande, sur son ordinateur, dans les magazines, dans les transports en commun, aux arrêts de bus, dans les magasins, dans les rues, sur les immeubles…
Se concentrer, réfléchir, lire et écrire, tout cela exige un effort conscient de se déconnecter du flot omniprésent, envahissant, oppressant, intrusif, frustrant et simplificateur de notre société avec lequel les dominant·e·s de tous poils (milliardaires propriétaires de médias, partis politiques d’extrême-droite…) veulent nous bercer, pour mieux endormir notre conscience face à leurs violences inacceptables. Nous n’oublierons pas Patrick Le Lay, PDG de TF1 entre 1998 et 2008, qui déclarait ainsi « Le métier de TF1, c’est d’aider coca-cola à vendre son produit. Or, pour qu’un message publicitaire soit perçu, il faut que le cerveau du téléspectateur soit disponible. Nos émissions ont pour vocation de le rendre disponible. Ce que nous vendons à coca-cola, c’est du temps de cerveau disponible ».
Ecrire et lire, c’est refuser d’être passif, ne serait qu’un moment.
Ce moment, c’est précisément ce que ces milliardaires et les extrêmes-droites ne veulent pas qu’on ait.
Prendre le temps d’écrire ou de lire un livre, c’est en effet reprendre le temps qui nous est volé par le patronat avec des emplois tellement mal payés qu’il faut soi-disant travailler plus pour espérer gagner plus pour espérer pouvoir vivre décemment, au point de devoir y passer tout notre temps, au mépris de notre volonté et de notre santé. C’est reprendre contrôle de nos corps à un instant T, notre disponibilité, ce qu’on fait de nos vies, contre les velléités de domination du patriarcat qui nous voudrait au service dévoué de la famille toute la journée et toute la nuit. C’est retrouver la complexité, la finesse, la richesse et la beauté du langage et découvrir la manipulation et les fake news des médias dominants (comme Cnews) et de leurs propriétaires d’extrême-droite, dont on est victimes, aussi bien sur des sujets environnementaux que financiers, sur l’immigration et les guerres. Reprendre ce temps, c’est se doter des armes intellectuelles nécessaires pour résister à la novlangue des extrêmes-droites, au renversement des valeurs, à leurs violences, à la soumission.
Ecrire et lire, reprendre ce temps, retrouver la richesse du langage, entrer dans le détail complexe de la réalité, c’est refuser la manipulation, et donc l’éradication de sa pensée.
Garder ainsi sa santé mentale, son humanité, malgré les tentatives de manipulation des dictateurices, fascistes et totalitaires, c’est un acte de résistance, comme le pense Winston Smith dans 1984 de George Orwell.
Une pensée informée, riche, libre n’est pas manipulable, donc pas exploitable. C’est sans doute aujourd’hui la meilleure arme contre le pouvoir autoritaire, dictatorial, fasciste et totalitaire.
A l’instar de Winston Smith qui, dans 1984 de George Orwell, décide d’écrire son journal, puis de lire The Theory and practice of oligarchical collectivism, by Emmanuel Goldstein.
Cette pensée informée, riche et libre est donc aussi le pire ennemi des fascistes.
Dans Cinque Scritti Morali, Umberto Eco repère en effet la haine des intellectuel·le·s comme l’une des quatorze caractéristiques du fascisme : réfléchir, penser, décortiquer, analyser, expliquer, nuancer, critiquer, les menacent évidemment directement puisque cela va à l’encontre de la simplification linguistique des fascistes, et surtout les démasquent. Umberto Eco repère encore l’interdiction de la critique comme l’une des quatorze caractéristiques du fascisme : la critique étant un « signe de modernité », et le désaccord un « instrument de progrès des connaissances », cela va à l’encontre du traditionalisme cher aux fascistes. Dès lors, il leur faut fustiger les intellectuel.le.s de tout un tas d’attributs dénigrants, dévalorisants : déconnecté·e·s de la réalité, émasculé·e·s, suspect·e·s…
Attaquer les personnes plutôt que discuter des idées, c’est en réalité un signe de faiblesse.
Et c’est sur cet angle mort que Les Autres Terres résistera, se battra, luttera, avec vous, par et pour nous tous.tes.

